L'IA dans Odoo : ce qu'elle fait vraiment, et ce qu'il a fallu ajouter dans une chocolaterie
Depuis la version 19, Odoo embarque une IA dans toutes ses applications. Je l'ai regardée de près chez un client, une chocolaterie de six personnes : voici ce qu'elle sait faire, ce qu'elle ne fait pas, et les pièges que le terrain nous a appris.
La première fois que j’ai ouvert l’Odoo de la Chocolaterie du Nouveau Monde, à La Fouillade, l’IA y était déjà : l’application IA arrivée avec la version 19 était installée. Benjamin Bazoge, qui dirige la chocolaterie, gère toute son activité dans Odoo : les commandes de la boutique en ligne, les stocks, les factures, les fiches clients et revendeurs.
Son problème n’était donc pas de trouver une IA, puisqu’il en avait déjà une sous la main. Son problème, c’était les mails : des clients, des revendeurs et des fournisseurs qui écrivent toute la journée, et dont chaque réponse demande d’aller chercher une information dans Odoo pour la recopier dans un message.
La vraie question était donc simple : qu’est-ce que l’IA d’Odoo sait faire de ce travail-là, et qu’est-ce qu’il faut ajouter à côté ? Voici ce que j’en ai appris, sur une vraie base, dans une vraie entreprise.
Ce retour d’expérience vient d’un chantier en cours. Vous pouvez lire le cas de la chocolaterie en entier avant ou après cet article.
Ce que l’IA d’Odoo 19 sait faire
D’après la documentation officielle d’Odoo, l’IA intégrée se présente sous plusieurs formes. La plus visible s’appelle « Demander à l’IA » : on l’ouvre avec le raccourci Ctrl + K ou avec le bouton IA en haut à droite de l’écran, dans n’importe quelle application. On lui parle normalement, et elle sait faire cinq choses utiles au quotidien :
- traduire un message reçu dans une autre langue ;
- résumer un long fil d’échanges avec un client ;
- rédiger un message de relance ou de suivi ;
- améliorer un brouillon que vous avez écrit vous-même ;
- suggérer les prochaines étapes sur un dossier.
Viennent ensuite des outils plus avancés, qui demandent un peu de réglage. Les agents IA sont des assistants configurables : on leur donne des instructions écrites et des documents de référence, et ils s’en servent pour répondre. Les champs IA remplissent automatiquement une information à partir d’un texte libre, par exemple un résumé de la demande d’un client. Et dans l’application Assistance, qui gère les demandes clients sous forme de tickets, l’IA peut aider à classer, à prioriser et à proposer des réponses.
Côté coût, une bonne nouvelle : sur Odoo Online, l’IA fonctionne sans que vous ayez à créer de compte chez OpenAI ou Google. Odoo s’en charge. Si votre Odoo est hébergé ailleurs (Odoo.sh ou sur votre propre serveur), il faut en revanche fournir une clé d’accès chez l’un de ces deux fournisseurs.
Ce qu’elle ne fait pas
La documentation le dit clairement : l’assistant « Demander à l’IA » standard ne modifie rien dans votre base. Il peut ouvrir un écran, afficher un rapport ou préparer un texte, mais il ne crée pas de commande et ne change pas une fiche client. Pour qu’il agisse, il faut configurer un agent, et c’est là que le travail commence.
La deuxième limite est plus importante, et c’est celle qui nous a le plus occupés. L’IA d’Odoo ne voit que ce qui se trouve dans Odoo. Si vous répondez à vos clients depuis Gmail ou Outlook, comme beaucoup de dirigeants, elle ne voit ni la question ni votre réponse. Elle ne peut pas vous aider sur un travail qui se passe ailleurs.
La troisième limite, enfin, c’est qu’elle ne connaît pas vos règles maison. Elle ne sait pas que tel revendeur a un tarif particulier, ni qu’on ne promet jamais une date d’expédition en décembre. Tant que ces règles ne sont écrites nulle part, aucune IA ne peut les appliquer.
Avant tout : vérifiez votre version
C’est la leçon qui m’a le plus surpris. Toutes les versions d’Odoo 19 ne se valent pas. Odoo publie une version dite « stable », la 19.0, et des versions plus récentes réservées à son hébergement en ligne, qui reçoivent les nouveautés plus tôt.
Pour préparer le chantier, j’avais fait mes essais sur une base de test plus récente que celle de Benjamin. Résultat : deux fonctions que j’avais vues marcher chez moi n’existaient tout simplement pas chez lui. Si je m’étais fié à mes essais, je lui aurais promis des choses fausses.
Le conseil qui en découle est valable pour vous aussi : quand vous regardez une démonstration ou un webinaire sur l’IA d’Odoo, vérifiez d’abord quelle version y est montrée, puis comparez avec la vôtre (elle s’affiche dans les Paramètres). Et ne changez pas de version uniquement pour obtenir une fonction d’IA : sur une base qui porte votre boutique en ligne et votre comptabilité, une montée de version se prépare.
Ce que nous avons mis en place à la chocolaterie
Le point de départ était modeste : traiter les mails entrants plus vite, sans que rien ne parte sans Benjamin. Nous avons procédé en quatre temps.
- Les mails arrivent dans l’Assistance d’Odoo. C’est la seule application qu’il a fallu ajouter. Chaque message entrant devient un ticket, rattaché si possible à la fiche du client.
- Les messages sont triés par priorité. Une demande de client qui attend sa commande passe avant une notification automatique de paiement, qui est mise de côté.
- L’assistant prépare des brouillons de réponse. Il va chercher lui-même dans Odoo l’état de la commande, le stock ou la fiche du client, et rédige une proposition.
- Ses consignes sont écrites dans Odoo, dans l’application Connaissances, là où l’équipe peut les lire et les corriger. Si l’assistant se trompe de ton ou d’information, on corrige la consigne, et pas seulement le brouillon.
Et une règle qui ne bouge pas : rien ne part sans que Benjamin l’ait relu. L’assistant prépare, c’est lui qui envoie.
Trois pièges que le terrain nous a appris
Le premier piège, c’est d’installer l’outil là où le patron ne travaille pas. Benjamin répond à ses clients depuis sa messagerie depuis des années, et c’est là qu’il a ses habitudes. Une file de tickets dans Odoo, aussi bien triée soit-elle, lui demandait d’ouvrir un écran de plus. Nous avons donc changé de cap : le chantier consiste désormais à relier son assistant IA à la fois à sa messagerie et à Odoo, pour que les brouillons l’attendent dans sa messagerie. C’est l’outil qui doit venir à la personne, et pas l’inverse.
Le deuxième piège, c’est le plafond d’envoi. Odoo Online limite le nombre d’e-mails qu’une base peut envoyer chaque jour. Sur la base que nous avons vue, ce plafond était de 248 messages. Une automatisation qui envoie, par exemple, un accusé de réception à chaque message entrant peut l’épuiser en une après-midi, et ce sont alors les confirmations de commande qui ne partent plus. Nous l’avons appris à nos dépens. Avant d’automatiser un envoi, il faut donc compter combien de messages il va produire.
Le troisième piège, c’est l’accès de l’extérieur. Pour qu’un assistant situé hors d’Odoo puisse lire vos commandes, il passe par ce qu’on appelle l’API, une porte d’entrée réservée aux logiciels. Sur Odoo Online, la documentation indique que cette porte n’est ouverte que sur la formule « Custom ». Les clés qui ouvrent cette porte ont aussi une date d’expiration : notez-la dans votre agenda, sinon l’assistant s’arrêtera un matin sans prévenir.
Faut-il quelqu’un pour s’en occuper ?
Pas forcément pour commencer. « Demander à l’IA » s’utilise seul, et je vous conseille de l’essayer dès cette semaine sur un vrai cas : résumer un long échange avec un client, ou améliorer une réponse que vous alliez envoyer de toute façon.
Un accompagnement devient utile quand le travail déborde d’Odoo : quand il faut relier votre messagerie, écrire les consignes qui décrivent vos règles maison, régler le tri pour qu’il ne laisse rien passer, et former l’équipe pour que l’outil serve vraiment. Si l’IA va lire vos mails clients, posez aussi quelques règles écrites sur ce qu’elle a le droit de faire : c’est le rôle d’une charte IA dans l’entreprise.
Si votre entreprise compte au moins dix salariés et fait plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires, sachez que Bpifrance finance 40 % d’un diagnostic IA : c’est le Diag Data IA. Il sert à bâtir une stratégie, pas à régler une tâche, mais il peut aider à choisir par où commencer.
En résumé
- Depuis la version 19, l’IA est intégrée à Odoo. Elle sait résumer, traduire, rédiger et proposer, sans clé supplémentaire sur Odoo Online.
- L’assistant standard ne modifie rien dans votre base, et l’IA d’Odoo ne voit pas ce qui se passe dans votre messagerie.
- Vérifiez votre version avant de croire une démonstration.
- Avant d’automatiser un envoi, comptez les messages : Odoo Online a un plafond quotidien.
- Installez l’outil là où vous travaillez déjà, et gardez un humain qui relit avant d’envoyer.
Vous utilisez Odoo et vos journées partent dans les mails ? C’est précisément ce que je fais : je relie votre messagerie et votre logiciel de gestion pour que les réponses se préparent seules, et vous validez avant que rien ne parte. Parlons de votre entreprise : le premier échange de vingt minutes est gratuit.
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